Les oiseaux pélagiques, un vrai défi!

-Écrit par Jessé Roy-Drainville-


Les oiseaux font partie intégrante du monde marin. Ils sont connus depuis des siècles par les navigateurs pour indiquer la présence de terre ferme à proximité ou l’approche d’une tempête. Toutefois, savent-ils les reconnaître? Les oiseaux pélagiques, qui sont relatifs à la haute mer, sont un monde à part des oiseaux continentaux. Les adaptations leur permettant de boire, manger et voler sont des plus fascinantes. En pleine mer, une observation peut ne durer que quelques secondes, ne laissant que rarement le temps d’aller chercher l’appareil photo. De plus, identifier un oiseau au milieu de l’océan Indien, à des milliers de kilomètres de chez toi, s’avère complexe. L’identification de l’espèce peut être ardue, mais selon la région et en procédant par élimination, c’est souvent moins compliqué qu’il n’y paraît. En effet, bien qu’il existe une multitude de formes, de tailles, de couleurs et de comportements chez les oiseaux pélagiques, ils possèdent plusieurs caractéristiques évidentes et uniques, qui une fois additionnées, permettent d’identifier quasiment à coup sûr les familles d’espèces auxquelles ils appartiennent.


Ce petit article vous présentera donc trois familles d’oiseaux : les Laridés, les Procellariidés et les Sulidés. Il est possible de les rencontrer en pleine mer, que vous soyez sur les eaux du Pacifique, de l’Atlantique, de l’Indien, de l’Arctique ou de l’Austral. Ces trois familles représentent une bonne proportion des oiseaux pouvant être rencontrés au large des côtes, mais elles sont souvent difficiles à différencier pour les gens commençant l’ornithologie. Bien sûr, il existe d’autres familles d’oiseaux marins, comme celles des canards, des cormorans, des manchots, des guillemots et des océanites, mais ces oiseaux ont des caractéristiques uniques facilitant souvent leur identification.


Les Laridés

Tout le monde connaît les Laridés, puisque cette famille comprend les goélands, les mouettes et les sternes. Cependant, contrairement à ce que plusieurs peuvent penser, les mouettes sont des oiseaux typiquement aquatiques et il est très improbable d’en retrouver au McDonald’s. Ce sont pratiquement toujours les goélands qu’on retrouve en zone urbaine. Les Laridés incluent également les noddis et les becs-en-ciseaux, et l’on retrouve 102 espèces appartenant à cette famille dans le monde. Voici donc quelques caractéristiques pour les reconnaître.


Taille et forme

Les Laridés ont un large spectre de taille, passant d’un peu plus de 100 g et 60 cm d’envergure chez la Mouette pygmée aux imposants 1,6 kg et 1,65 m d’envergure du Goéland marin. Cependant, la plupart des espèces passant plus de temps en haute mer ont des formes sveltes, plus effilées que les goélands, comme la Sterne Arctique, emblème de notre équipe, ou la Sterne Royale, montrée sur la photo ci-dessous. Les ailes sont toujours coudées et plutôt courtes par rapport à leur poids, si l’on compare avec les deux autres familles.

Les ailes coudées, le bec coloré, le plumage très pâle et le bout des ailes noires sont de bons indices pour reconnaître un membre des laridés, comme cette Sterne royale. @Jessé Roy-Drainville.

Couleur

Typiquement, les Laridés sont majoritairement blancs à l’âge adulte et dans beaucoup de cas, la pointe des ailes est noire. Leur bec et leurs pattes sont souvent colorés de jaune, rouge et/ou orange. Il faut compter au moins un an avant l’apparition du plumage adulte : il n’est donc pas rare de voir des oiseaux immatures en pleine mer. Ceux-ci possèdent souvent des couleurs plus foncées, dans les teintes de brun et de gris, comme cette photo d’un Goéland marin immature.


Goéland marin immature. @Jessé Roy-Drainville.




Vol

Ces oiseaux effectuent rarement des vols planés. Dans à peu près n’importe quelles situations, les laridés vont battre des ailes presque continuellement en volant. Leur vol est souvent rapide, alliant agilité et puissance, permettant de capturer leur proie et d’échapper aux prédateurs.


Alimentation

Lorsqu’ils volent en mer, ces oiseaux sont presque tout le temps en recherche active de nourriture, qui se compose majoritairement de poissons. Pour les capturer, ils effectuent souvent des plongées peu profondes, après avoir repéré leur proie, en volant à quelques mètres au-dessus de l’eau. Ils peuvent aussi simplement récolter leurs proies à la surface de l’eau. Les labbes, de proches parents des Laridés, ont cependant une stratégie d’alimentation bien différente. Bien qu’ils puissent capturer leur proie eux-mêmes, ils préfèrent souvent pourchasser des Laridés afin de leur faire lâcher ou même régurgiter leur proie. Étant des infatigables as du vol, ils finissent souvent par gagner le jeu « du chat et de la souris ». Sachant que régurgiter une partie de leur dîner est une solution assez efficace pour se débarrasser de l’escroc, la victime optera souvent pour cette option. Puis, tel un pirate, le labbe ira chercher son butin à la surface de l’eau, que le pourchassé a délicatement vomi en vol.

Cette photo montre un Labbe à longue queue. Les labbes sont souvent considérés comme les pirates des oiseaux, car ils s’accaparent de la nourriture des autres oiseaux. @Mikaël Jaffré.


Les Procellariidés

Cette famille est certainement la plus pélagique des trois : ils peuvent passer des mois en haute mer et ne regagnant la terre ferme que pour se reproduire. Ils sont adaptés pour l’endurance et peuvent parcourir de très longues distances en dépensant le moins d’énergie possible. Cette famille comprend les fulmars, les puffins, les pétrels et les prions. Ils ont la particularité de tous posséder des narines tubulaires externes, positionner au-dessus du bec, comme le montre la photo du Fulmar boréal ci-dessous.

Les procellariidés possèdent des narines tubulaires externes, au-dessus du bec, leur procurant un excellent odorat, comme ce Fulmar boréal. @Mikaël Jaffré.


Il existe 80 espèces de Procellariidés dans le monde. Voici quelques une de leurs caractéristiques.


Taille et forme

La taille de la majorité de ces oiseaux se situe entre 70 et 120 cm d’envergure et entre 300 et 600 g. Cependant, les petits puffinures peuvent faire 35 cm d’envergure et peser moins de 100 g, alors que le Pétrel géant fait plus de 2 m d’envergure et peut peser plus de 5 kg. Dans tous les cas, leurs ailes sont très longues par rapport à leur poids et sont beaucoup moins coudées que chez les Laridés. La photo du Fulmar boréal ci-dessous montre bien les ailes très droites des Procellariidés. Avec leur queue assez courte, on remarque souvent qu’en vol, ils ont la forme d’un « + ».

En vol, les Procellariidés ont souvent cette forme de « + », avec les ailes bien droites, comme ce Fulmar boréal. @Mikaël Jaffré.


Couleur

Ces oiseaux ont souvent le dessous des ailes blancs et généralement plus pâle que le dessus. Même pour une espèce à la pigmentation très foncé, comme c’est le cas pour le Puffin fuligineux montré sur la prochaine photo, le dessous des ailes reste plus pâle que le dessus. La gorge blanche et le dessus de la tête foncée sont aussi de bons signes qu’il s’agit d’un Procellariidés.

Ce Puffin fuligineux, certainement une des espèces les plus foncées parmi les Procellariidés, à tout de même le dessous des ailes très pâle par rapport au-dessus, un bon indice qu’il fait partie de cette famille. @Laurie Maynard.


Vol

Le vol est probablement ce qu’il y a de plus particulier chez ces oiseaux, puisque ce sont de vrais prodiges des airs. Un peu comme le font les albatros, les Procellariidés parcourent des centaines de kilomètres par année. Ils ont donc recours à un vol qui minimise fortement les dépenses énergétiques. En effet, ils battent des ailes le moins souvent possible et grâce à leur grande envergure, utilisent le vent, et notamment les mouvements d’airs formés par les vagues, pour planer aisément sur de très longues distances. On les reconnaît souvent par leur vol onduleux lorsqu’ils sont en déplacement, qui prend la forme d’un « S » incliné (~). À noter aussi que beaucoup de ces oiseaux vont « marcher » sur la surface de l’eau lors du décollage.


Alimentation

Les Procellariidés vont la plupart du temps chercher leur nourriture à la surface de l’eau sans jamais effectuer de plongeon depuis les airs. Le poisson, le calmar et les crustacés composent l’essentiel de leur menu. Ils sont souvent en association avec des prédateurs sous-marins, comme les thons et les dauphins, qui rendent leurs proies atteignables en les poussant contre la surface de l’eau. Toutefois, certaines espèces sont connues pour être de très bons plongeurs, se servant de leurs ailes pour se propulser sous l’eau.


Les Sulidés

Ce sont certainement parmi les oiseaux les plus connus pour leurs plongeons aériens. Leur corps est fusiforme et adapté aux plongeons, leur permettant d’atteindre les 100 km/h lors des plongées. C’est peut-être ce comportement qui leur a donné leur nom : les fous. Bien qu’il n’y ait que 10 espèces dans le monde, on retrouve les fous autant dans les eaux chaudes équatoriales que les eaux froides nordiques. Ils fréquentent moins la haute mer que les Procellariidés, mais étant d’excellents pilotes, il n’est pas rare d’en voir très loin au large. Voici donc quelques conseils pour mieux les reconnaître.


Taille et forme

Les fous sont tous des oiseaux d’assez grande taille. Le Fou à pieds rouges, le plus petit, fait environ 1 m d’envergure et pèse moins de 1 kg en moyenne. Par contre, le Fou de Bassan peut faire jusqu’à 2 m d’envergure et peser plus de 3,5 kg. Cependant, peu importe la taille de l’espèce, ces oiseaux ont tous la même forme : des ailes très longues et droites, avec un long bec porté par une grosse tête et un long cou. Un peu comme les Procellariidés, en vol, les fous ont la forme d’un «+». Cependant, leurs ailes et leur tête leur donnent une allure bien plus fusiforme que les deux autres familles. Cette photo de fous de Bassan montre bien ces deux dernières caractéristiques.

Les fous vont souvent voler à la queue leu leu, comme le montrent ces fous de Bassan. De plus, leur forme en « + », avec leur tête et cou très allongé sont aussi de très bons indices qu’il s’agit de Sulidés. @Jessé Roy-Drainville.